Entretien avec Antonio Pedro : Les pays africains invités à augmenter le taux de mobilisation des ressources internes

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En marge des travaux des experts de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), qui se sont déroulés à Marrakech au Maroc, en prélude à la réunion des ministres intervenue du 25 au 26 mars, Antonio Pedro, le Directeur du Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique centrale, s’est confié à notre rédaction.

M. le Directeur, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) tient sa 52ème session au Maroc, jusqu’au 26 mars. Quels sont les enjeux de cette session ?
Antonio Pedro : C’est une conférence qui débat de la problématique budgétaire; des opportunités qu’offre le commerce aux pays africains pour promouvoir le développement et la croissance inclusive. Cela, dans un domaine où la digitalisation de l’économie numérique occupe une place importante. Donc, nous sommes ici pour partager des expériences.

Quid du choix du Maroc pour cette session ?
Je pense que le choix du Maroc pour abriter une telle réunion est une bonne décision. Car le Maroc est un pays qui est riche en ressources naturelles (le phosphate notamment) et les utilise pour diversifier son économie. Cette conférence constitue également une opportunité afin de présenter les politiques que nos pays pourront suivre pour leur émergence.

Au cours de la présente session, la CEA met en exergue l’implémentation de la numérisation dans le circuit des recettes fiscales. Y a-t-il des pays africains qui ont réalisé des progrès dans ce domaine ?
Bien sûr ! Le Rwanda par exemple, grâce à la digitalisation, a augmenté le niveau de collecte des ressources à travers la taxation. C’est un processus important qui passe par la simplification des procédures et l’accès au marché. Il y a bien d’autres pays tel que le Maroc qui, à travers l’économie numérique, a réussi à augmenter la base des contributions et, en même temps, baisser les taxations.

De manière précise, qu’est ce qui est visé à travers cette numérisation ?
Le message clé que nous voulons transmettre est clair. Pour l’agenda 2063, les pays africains doivent augmenter le taux de mobilisation des ressources internes pouvant financer leur développement.

Pour ce faire…
Il faut forcément augmenter la croissance économique qui est actuellement de 3,2%. Il est question de la tripler. Avec une croissance à deux chiffres, l’Afrique pourrait transformer les économies et arriver à l’émergence. Donc les opportunités sont là, nous avons des ressources et il ne nous reste qu’à augmenter ou intensifier le commerce intra-africain. Raison pour laquelle, il nous faut régler la problématique de développement et d’intégration en Afrique.

Pensez-vous que les Etats africains sont disposés à suivre cette marche vers le développement en saisissant toutes ces opportunités qui s’offrent à eux ?
Effectivement, la diversification des économies est au cœur des politiques des pays. A l’occasion du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC), organisé en décembre 2017 à Yaoundé au Cameroun, le leadership de la sous-région avait été souligné, l’importance de la diversification économique, tout comme la restauration de la stabilité macroéconomique.

Depuis lors, est-ce que les lignes ont bougé ?
La volonté politique est là. Pour preuve, nous travaillons déjà avec le Tchad, la Guinée équatoriale et le Congo-Brazzaville, dans l’élaboration des politiques et des stratégies de diversification économique. C’est déjà un pas très important. La démarche voudrait que la diversification économique et l’industrialisation soient au cœur des politiques de développement de nos pays.

Pensez-vous que cela est suffisant pour atteindre les objectifs fixés ?
La démarche n’est pas suffisante. Car il faut passer forcément à la mise en œuvre de toutes ces politiques. La mise en œuvre signifie entre autres que le secteur privé soit partie prenante de cette dynamique. Aujourd’hui, la qualité du dialogue entre le secteur public et privé est encore faible. Il faut donc relever son niveau, mais également aborder la problématique de la qualité des infrastructures. Malheureusement, l’Afrique centrale compte les pays les moins performants en matière d’intégration sous-régionale. Il faut que les pays soient mieux liés et que les barrières tarifaires soient levées. Il y a des efforts à faire parce que le problème est bien connu.

Au sujet de l’intégration, l’Afrique du Sud représente à elle seule 25% du commerce intra-africain. Les autres pays semblent marquer le pas. Que faut-il faire pour corriger et améliorer la donne ?
La question doit être examinée plus profondément. Une chose est vraie, la structure productive de l’Afrique du Sud est plus avancée que dans d’autres pays. En outre, le secteur manufacturier sud-africain est plus performant que celui du Tchad ou du Congo-Brazzaville par exemple. Il faut prioriser l’industrialisation pour que les pays africains changent leur structure de production, le commerce des produits intermédiaires et des produits manufacturiers.

En dépit de quelques chiffres flatteurs, la croissance africaine ne semble toujours pas profiter au grand nombre. Comment expliquez-vous une telle situation ?
Il faut un peu de patience parce que le vrai problème de nos pays est structurel. Ce problème doit être examiné profondément. Il y a un changement dans la structure de production à opérer. Autrement dit, il y a des investissements à long terme à opérer. A la CEA, nous avons une position très claire : la région (Afrique centrale) doit faire une stabilisation macroéconomique. C’est aussi la politique du Fonds monétaire international (FMI). En même temps, nous avons dit à tous nos partenaires qu’il faut trouver un espace budgétaire pour des investissements de long terme. C’est à ce niveau qu’il y a une grande différence entre l’Afrique et d’autres parties du monde.

Vous voulez dire qu’il faut changer d’approche ?
Oui, il faut des ressources innovantes, afin de changer le modèle de financement de l’industrialisation et développer les infrastructures. Il faut aussi améliorer le dialogue avec la société civile ainsi que toute la créativité du secteur informel, et que les Petites et moyennes entreprises (PME) soient mobilisées pour le développement.
Je pense qu’avec la cohérence politique et un dialogue approfondi, on peut parvenir à la réalisation de l’agenda 2063. Les médias devraient également jouer un rôle important pour expliquer aux populations que le développement prend du temps.

Par Marcel Saint-clair EYENE envoyé spécial à Marrakech

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